En février 2025, l'INA a publié, en partenariat avec France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et TV5 Monde, la première cartographie des enjeux et usages de l'IA dans le journalisme.
Ce document de référence examine comment l'intelligence artificielle transforme l'ensemble de la chaîne de production de l'information, de la collecte à la diffusion. Il révèle que les outils d'IA s'intègrent désormais à toutes les étapes du travail journalistique, tout en soulevant des questions cruciales sur la déontologie et la confiance du public.
La collecte et l'analyse de l'information assistées par l'IA
L'intelligence artificielle révolutionne le journalisme d'investigation en permettant aux reporters d'analyser des volumes de données autrefois impossibles à traiter manuellement. Les algorithmes d'analyse de documents peuvent passer au crible des milliers de fichiers, d'images satellites ou de bases de données en quelques heures, là où une équipe humaine aurait besoin de semaines.
Le New York Times illustre parfaitement cette transformation. Dans son enquête sur Gaza fin 2023, le journal a utilisé l'intelligence artificielle pour détecter des cratères de bombes dans des images aériennes. Les reporters ont d'abord entraîné un algorithme à reconnaître les cratères d'environ 40 pieds de diamètre, puis ont laissé l'IA scanner des centaines d'images satellites. Au final, l'équipe a identifié 208 cratères correspondant à des bombes de 2 000 livres dans des zones que l'armée israélienne avait désignées comme sûres pour les civils. Sans l'IA, une telle enquête aurait été quasiment irréalisable.
Ces technologies permettent aussi de croiser des bases de données hétérogènes (registres publics, documents judiciaires, transactions financières) pour révéler des connexions invisibles à l'œil nu. L'automatisation de ces tâches fastidieuses libère du temps pour le vrai travail journalistique : l'analyse critique, les interviews et la mise en récit.
La rédaction et la diffusion automatisées
Les rédactions françaises expérimentent activement la rédaction automatisée pour certains types de contenus standardisés. Les brèves sportives, les bulletins météo et les résultats électoraux se prêtent particulièrement bien à cette approche : les données sont structurées, le format est répétitif et la valeur ajoutée éditoriale reste limitée.
Le groupe EBRA, premier opérateur de presse quotidienne régionale en France, a lancé depuis 2024 plusieurs expérimentations dans ses rédactions. L'Est Républicain a notamment testé l'utilisation d'outils d'IA pour relire et corriger les contenus proposés par les correspondants locaux de presse. Le groupe étudie également le traitement automatisé des dépêches AFP pour les adapter à chacun de ses titres de presse quotidienne régionale, en améliorant le référencement et la visibilité web de chaque texte.
Mais l'automatisation va au-delà de la simple rédaction. Les algorithmes de recommandation personnalisent désormais la diffusion des contenus en fonction des centres d'intérêt de chaque lecteur, du moment de la journée et du support de lecture. Cette personnalisation vise à augmenter l'engagement, tout en posant la question des bulles de filtre et de la diversité de l'information reçue.
La vérification des faits et le fact-checking
L'IA joue un rôle croissant dans la lutte contre la désinformation, un enjeu devenu critique à l'ère des deepfakes et des contenus générés massivement. AFP Factuel, le service de vérification de l'Agence France-Presse, utilise des outils d'intelligence artificielle pour détecter les images manipulées, identifier les deepfakes audio et vidéo, et vérifier l'authenticité des contenus visuels.
Réaliser un deepfake de personnalité politique est désormais possible en quelques clics, comme l'AFP l'a expérimenté en 2023 en créant un faux audio d'Emmanuel Macron. Face à cette menace, les fact-checkers s'appuient sur des algorithmes capables de repérer les incohérences visuelles (reflets anormaux dans les yeux, mouvements de lèvres désynchronisés) ou les anomalies audio (artefacts de synthèse vocale).
En novembre 2025, l'AFP a lancé un cours gratuit accessible à tous pour former les journalistes et étudiants à détecter et vérifier les contenus générés par IA. Mais la cartographie de l'INA souligne un point essentiel : malgré ces progrès technologiques, la supervision humaine reste indispensable. Les outils de détection ne peuvent pas être utilisés seuls et doivent toujours être complétés par d'autres vérifications (recherche inversée d'images, recoupements de sources). Le jugement éditorial du journaliste demeure la dernière ligne de défense contre la désinformation.
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Étape de la chaîne journalistique
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Usage de l'IA
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Exemple concret
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Outil associé
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Collecte d'information
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Analyse de vastes volumes de données et images satellites
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New York Times : détection de cratères de bombes à Gaza
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Algorithmes de vision par ordinateur
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Rédaction
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Automatisation de contenus standardisés (sport, météo, élections)
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Groupe EBRA : réécriture de dépêches AFP pour chaque titre régional
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ChatGPT, outils propriétaires
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Vérification
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Détection de deepfakes et contenus manipulés
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AFP Factuel : identification d'audios et vidéos synthétiques
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Reality Defender, outils AFP
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Diffusion
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Personnalisation des recommandations de contenus
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Adaptation des articles selon le profil et les habitudes de lecture
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Algorithmes de recommandation
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Pour en savoir plus sur les pratiques concrètes, consultez notre guide sur comment les journalistes utilisent l'IA